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Conférence inaugurale « Gauches/Islamistes, les acquis de l’expérience tunisienne »

La rencontre qui a eu lieu à Aix en Provence, du 5 au 7 mai, sur le thème : « Gauches / Islamistes : pourquoi tant de haine ? Historicité et actualité, défis et réponses à la fracture idéologique des oppositions arabes » est intervenue dans un contexte bien particulier – celui qui voit un inquiétant retour en force des extrêmes un peu partout dans la région.

En effet, ce retour en force de l’extrémisme prend la forme, d’une part, de la ré-émergence d’une vieille rhétorique éradicatrice, en Égypte bien sûr mais pas seulement et, en face, celle de la dérive sectaire jihadiste qui ronge inexorablement les territoires de la mobilisation protestataire pacifique et républicaine.

Pour donner la conférence inaugurale, le choix de Moncef Marzouki, opposant déterminé à l’autoritarisme du régime tunisien, militant des droits de l’homme puis président de la République, n’était pas anodin : « Le monde arabe sera dirigé par des laïques modérés et par des islamistes modérés » a–t-il régulièrement affirmé. « A défaut, ce sont les extrémistes qui occuperont la scène ». Moncef Marzouki a mis ce choix en œuvre en optant pour le choix révolutionnaire d’une cohabitation avec le parti Ennahda. Dans le camp islamiste, Rached Ghannouchi a lui aussi assumé ce choix d’une option recentrée de son projet politique. Cette convergence historique de deux modérations, a permis, fut-ce sous les huées ironiques des jusqu’au-boutistes des deux camps, de faire de la Tunisie le premier pays arabe à se doter d’une constitution démocratique.

A Aix-en-Provence, le parti a donc été pris de ne pas inviter…les extrêmes du spectre politique arabe. A ceux dont le préalable tactique est le principe de l’exclusion de l’autre, nous avons délibérément préféré ceux qui, au sens le plus noble du terme, agissent au centre.

Il en a résulté une atmosphère relativement inédite. Dans le cadre académique français, fut-elle non dite, une quasi règle a longtemps été de mise. C’est celle qui veut que « on ne peut parler des islamistes qu’en présence de leurs pires ennemis et d’eux seulement ».

La rencontre des 5-7 mai a donc été d’une grande richesse. Comme l’a rappelé Moncef Marzouki, elle faisait à Aix-en-Provence écho à une rencontre pionnière : celle que l’opposition tunisienne y avait tenu, en 2003, à la Baume les Aix, en présence, déjà, de Moncef Marzouki et (pour Ennahda) de Salah Karkar. Elle s’inscrivait également dans le prolongement de la rencontre fondatrice de San Egidio (Rome) où le spectre tout entier de l’opposition algérienne, du FIS jusqu’au Parti des Travailleurs, avait dit sa volonté et démontré sa capacité à poser le socle politique du dépassement des clivages idéologiques qu’entre autres procédés, la junte militaire exploitait pour pérenniser sa mainmise prédatrice sur le pays.

A Aix-en-Provence, le seul fait que les ennemis d’hier acceptent de se côtoyer faisait sens. Les obstacles ont été identifiés, certains, mais pas tous, tant s’en faut, tout particulièrement dans la configuration égyptienne, ont connu des débuts de définition sinon de résolution. L’Institut Américain pour les Universités (IAU), le programme WAFAW soutenu par le Conseil européen pour la recherche (WAFAW ERC basé à l’IREMAM d’Aix-en-Provence) et la Fondation Camargo (Cassis), organisateurs de la rencontre entendent renouveler l’expérience, en l’étendant notamment à d’autres terroirs politiques arabes. Avec la première partie de la conférence inaugurale de Moncef Marzouki, nous entreprenons ici la diffusion des principaux moments de cette rencontre. Elle sera suivie de la publication d’entretiens avec chacun des participants.